Joseph Paul Schneider nous a quitté le 20 janvier 1998 à l'âge de 57 ans. Cette page veut lui rendre hommage à travers un rapide parcours dans son univers poétique. Puissent ces quelques textes vous conduire à poursuivre plus avant votre chemin à la découverte de ses poèmes.
Le temps sur sa pente. Nous n'irons plus au bois les lauriers sont coupés. En la profondeur les herbes s'effrangent et il me faut gagner l'automne qui efface les feuilles.
Aveugle frontière où me précèdent les champs de cendre. Il se fait tard sur la terre. Les yeux embués mais brillants du simple plaisir d'être, je murmure : "un instant encore monsieur le bourreau"
Au loin dans le tendre balancement des lignes du paysage qui m'étreint, monte déjà, sans bruit, l'autre soleil...
Le bleu du ciel
ouvrir un paysage
pénétrer l'horizon
aller à la rencontre
d'une boule de feu ronde
ronde comme un ballon d'enfant
taper dans un ballon
marquer un but
éteindre le soleil
allumer une étoile
s'attabler à un coin d'horizon
commander un café-crême
avec un croissant de lune
puis
se lever
mettre son nuage
pour entrer
dans le bleu
du ciel
A mon père
Je dis terre. Déjà
la vie remonte le temps
à travers grès et bruyères
dans la vérité d'être
et dans la tendresse d'un ordre habité
Je dis terre
Surgi des images jaunies
tu te lèves Père
sourire aux lèvres
derrière ta cigarette
Je dis Terre
Les yeux creusent
cette ligne d'horizon
où la mémoire garde intactes
les fables et les transparences
Je dis Terre. Je retrouve
entre les pierres, les racines
d'un cadastre balayé par les vents
le passage secret
de la source à l'éternité.
Et c'est chaque matin
Le jour fragile recommencé
L'angoisse au creux du ventre
L'interrogation lourde sur les visages
Et c'est chaque soir
La ronde des chimères brisées
Lenteur du corps écoulé en vain.
Nom oublié
Plus de cris d'oiseaux
dans le ciel vide
seul m'accompagne
un bruit d'os usés
et celui des dents
qui épèlent difficilement
syllabes et lettres
hiéroglyphes calcinés
de mon nom oublié.
Mon village
aux miens
Mon village est mon bout du monde
L'inconnu sans cesse déferle
Sur son rivage natal
Qu'importe les pierres dorment tranquilles
Sous leurs reflets verdâtres
Mon village est un sanctuaire
Ouvert aux vents des forêts
Fermé à l'étranger passant
Qui veut déchiffrer trop vite
Le langage du lierre accroché aux pierres
Mon village
Existe partout
Je l'ai retrouvé semblable et différent
Dans la douceur de la neige ou l'espoir du soleil
La tendresse des gestes les mots échangés
De femmes, d'hommes, d'enfants et de pierres enlacés
Mon village n'en finit pas
De m'apprendre la dure patience
A déceler jour après jour
Derrière le visage des pierres
L'énigme rose du temps.
L' homme du Rhin
A Jean Claude Walter
Avec mes gros sabots d'homme du Rhin
Je resterai planté sur ton rivage
Terre toujours poursuivie
terre toujours promise
malgré la douceur des fougères
le parfum des myrtilles
L'alcool blanc qui réchauffe le sang
je ne cesserai de rêver
ce continent, Harrar de l'âme
où me poussent les vents
où s'inventent mes dieux.
Le temps qui nous bouscule
Réveille parfois sous la tente
Un barbare qui dort mal
Sur son lit de mousse synthétique
Même dans nos prairies pacifiées
Le galop des chevaux d'Asie
Soulève des vents de sable et d'étoiles
Et toujours dans le ciel , les grands arbres que n'atteint pas la fatigue.
Tout ce qui devient urgence semble dérisoire devant cette alliance
tranquille de l'arbre et de sa terre.
L'ironie des nuages, sinuant leurs mèches blanches, est sourire
à ce temps que nous ne cessons de perdre en pensant le gagner.
textes tirés des recueils suivants de Joseph Paul Schneider
Pierres levées en demeure (éditions Saint Germain des Prés)
Pays-Signe (éditions Saint Germain des Prés)
Sous le chiffre impassible du soleil (le Cherche-midi éditeur)
En cette steppe (le Cherche-midi éditeur)
Avec l'aimable autorisation de Claire Hiriart, dernière compagne du poète
OCTOBRE 2000 : Parution du recueil posthume La traversée
du temps, chez Editinter
Envoi
A Joseph
Pour Claire et Alexandra
Tu es mort,
Livré aux mots désormais,
A leurs pauvres mains sèches
Qui voudraient te retenir.
Tu n'es plus ici ;
Je pense à celles qui restent
Avec l'absence à défricher
Seules dans ce matin de neige.
Je pense à toi
Ton oeil où brûlait
Trop vite lentement
Dans la nuit d'hiver le vieil arbre
Des paroles.
© Emmanuel Hiriart 1998
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