Silvaine Arabo

Ces textes (sauf le dernier) sont extraits du recueil de Silvaine Arabo regards corpusculaires (La Bartavelle, 1998). La poésie se veut ici moyen d'exploration symbolique des grands archétypes qui structurent notre imaginaire. Laissez-vous porter par ce langage universel, structuré comme un inconscient.
 

Chant 1

Un délire d'oiseaux court au sommet des arbres. Fièvres.
Des feuilles s'envolent dans le vent de la mer. Un virevoltement d'instinct casse toute prétention à de sobres et ternes raisons.

Clochers pâles tordent leur architecture d'eau et de sable vers la pure sonorité des orgues, ces cloches encordées.

Un histrion d'autrefois dort très haut dans la mémoire. Des averses de colombes inondent les terrasses : ce sont vagues, vastes encolures caressant l'horizon des soirs.

Le poète - déjà - voit doubler ses métaphores. Les enfants de la mer. On réinvente caps et promontoires. L'ancestrale psalmodie devient réalité.
Estuaires et prophéties débouchent sur le Vide, la grande solitude, les eaux premières, l'Anonyme, Pan,

L'Universel.

Des bras se tendent, des deltas innombrables coupés de bancs de sable dont le grain est pure conscience. On rêve à des forêts là -bas, dans l'immensité des toundras. On caresse en image des chapes bleues où pleut la neige. On avance à petits pas. On sème dans le silence et la ténèbre. On a des mots, des souffles autant dire : ce qui porte la vie et qui germera.

On monte des chevaux immenses, aux longs naseaux d'écume, on effleure des encolures de haute lice.

Des fleurs d'asile couvrent l'immensité des patios. Cours intérieures épargnent tissus mobiles et tremblants des larmes qui s'apprêtent. On ne veut rien. On veut tout. On est l'oiseau qui passe, le cri des bateaux qui s'apprête - son imminence dans la brume -, la console du destin sous des rejets d'ombre, la voussure compliquée du Maître d'Oeuvre. 

On est ce mica brûlant sous le sol des déserts,

On est tout. On n'est rien.

On a marché dans les vergers, longuement : c'était l'enfance, ses vérités plus vraies, sa cohorte de flaques et de bois neigeux.
On a marché, oublié... L'adulte : ses cohortes d'illusions, de certitudes.

Une à une tombent les briques, sans bruit. (Elles n'avaient pas de consistance). 

Préserver sa vulnérabilité face au monde. Désencombrer les écorces. Rire à nouveau. Prendre des coups. 

Rire à nouveau. Ne plus prendre de coups.

Savoir que l'on n'est rien. Que l'on est tout.

Les hauts toits de la mer dissolvent les carcasses dures de l'appris, étranglent les obus, jugulent toute main péremptoire.
Des isthmes se rejoignent, des ponts surgissent. Autre conscience : autres repères dans le Sans-Repère. Du silence sous-jacent naissent tous bruits, craquelures et autres chuintements. Ce sont les enfants d'autres rendez-vous :
 

Les enfants de la mer
 

Les enfants de la mer
 

LES ENFANTS DE LA MER !



 

Déserts

Poudroiement au loin des déserts.

D'invisibles élytres verbalisent toute absence. Nuits sans fin. Mirages . Des chalands d' impuissance font vibrer toute colombe dans l'air blanc du matin.
Air et colombes se confondent.

Des harangues traversent , envoûtent les caravanes passagères. Une oasis au loin, affleurant ses neiges, mesure en lames de feu tout grain éclaté, toute gestation qui se lèverait chant.
La conscience bouge, s'étale en grappes. Des mirages pour l'assoiffé, des revendications d'insectes sous la trame pâle des minéralités.

Une verdeur passagère a clamé tous les possibles.

Seul au milieu de lui le bédouin. Savoure encore, parmi silence et épaisseur des burnous, les racines fraîches des strates.
Immobiles, incontournables : sables et micas. Tous grains qui implosent vers le feu de l'étoile.

La marche est mesure, geste juste, abandon à l'instant.

Des dunes cognent contre des vents. On rêve d'icebergs. 
On rêve blanc. On imagine des salines à l'infini.
D'obscurs fossiles font des dessins dont la trame est labyrinthe ou voie - peut-être - vers le salut.

Qui peut le dire?

On lutte ici contre la mer, la mouvance, les vagues des cristaux : d'imperceptibles regards, noyés sous des ciels de lune blanche.
Signal de toute limite : la charogne. Incontournable érosion, geyser plutonien, boule resserrée d'angoisse.

Des grains d'énergie signalent.
On délire doucement, comme ce serait de se noyer.
On se reflète dans des puits immenses, imaginaires. Des lignes de force aimantent une quête sans objet.

Comptoirs d'oiseaux pointent vers le Nord.

Gerçures et coups de falaises ont imprimé à toute matière les sceaux tranchants de leurs rainures minuscules.

Pour qui se trouve, c'est l'Anonyme, la densité du Sans-Nom
l'identité suprême sous la scorie des croûtes régaliennes.

 


 

Grand Nord

Protubérances d'arbres germinent au milieu des tourbillons et des villes.
Des flaques au loin, concassées de givre, marbrent toute mémoire.

Le chant se lève, libre des écorces poussives, de toute profondeur confondue. 
Des traîneaux courent coulent sur l'arête de temps 
invisibles, 
interminables.

Un triangle d'oiseaux pointe vers le Sud.

Des harcèlements de chiens hurlent dans la nuit. Une tentative de rose décalque le givre d'aurores imaginaires.
 

Boréales nudités exterminent l'idée même du blanc.

Solitude. Sapins dans des toundras de légende. Sapins qui ondulent comme la mer sous les vents ravageurs, 
cachant leur bleu dans le milieu des noirceurs anonymes, 
décharnées.

Des igloos de sommeil ici et là consentent à ne pas laisser 
mourir toute trace, tout dessin réprimé parmi des mains 
figées.

Lacis de brume ont glacé la croûte gelée d'une anonyme
toile.
Lacis de brume font contrepoids à des vacuités d'espace et 
de silence.

On rêve de caravanes, d'or blanc pointant ses sables, de 
verdeurs supputées.

Des tourments s'effilochent au gré des pas qui se 
referment, niant tout passage 
signe 
empreinte.

Des figements de rires craquellent encore la voûte des 
cerveaux endormis. On sollicite l'image de grands geysers 
tièdes et bienfaisants, 
complices.
On se raidit dans l'Immobile, statues de sel pétrifiées avant 
même d'avoir contemplé.

D'immenses routes glaciaires ont changé le cours des 
destins.

Dans la neige pleuvent les fourrures, mimant toute mort.

Une lyre subtile fait vibrer l'air du Septentrion.

A qui ne se perd est consenti le Chemin.



 

L'Oiseau

Il déploie les grandes ailes de la Béatitude. Espace est son
parcours. A la fois Mercure, Sîmorg, oiseau ka. Navette 
entre les couches d'une stratosphère nommée Conscience.

Allégorie de plumes. Ebouriffement. Point géométrique des 
grands circuits de l'air. Des voies maritimes de l'air.

Perché sur l'arbre des morts, il contemple : témoin et 
distance.
S'il s'envole c'est pour rejoindre un jour le soleil. Satellite.

Parcourt d'infinies distances dont le centre est immobilité. 
Sait utiliser les vents. A la nage sur les courants. Sait 
mesurer l'infime et la brindille.

Ne connaît ni le froid ni la faim. Circule, invisible, au milieu 
des conversations oiseuses et des grandes marées qui font 
l'amour à la lune.

Il a le col vert - ou bleu - l'irisation de ce qui mute, de ce qui mue, de ce qui se meut.
Il est Mouvement, cadran solaire d'un autre espace, d'un 
autre temps.

Il est le jumeau des vents antagonistes qui parcourent la 
terre : redoutable est son bec.

Se mire dans l'eau des Signes, toujours. Augure est son 
vol. Pour qui sait pré-voir.
Densité. Légèreté.

Une seule plume sur la balance de Maât a inversé tous les 
destins. Justice et tragédie. Subtil gardien du seuil.

Il clame à tous vents la Victoire de la Mère, arborant la 
Roue, l'éternel va-et-vient de ce qui revient puis repart
et puis revient.
Oiseau d'Héra.

Et Coq, parfois, donnant l'alerte et sauvant la Ville.

Ce qui n'est pas palpable : ce duvet du peu qui s'incarne.
Du Rien. Du tout.

Je t'ai entendu le soir, sur les terrasses blanches, quand la 
mer renvoie tous ses Magnificats
Je t'ai reconnu au bas des vignes et sur ma fenêtre, dans le 
minuit de l'autrefois,
quand l'être en allé revient 
pour dire tout son amour

Qu'il était troublant ton Chant !

Seul ici, sel de la terre, métaphore de l'enfance. D'une 
Conscience autre.

Visités de ta Grâce : les enfants, les poètes et les fous. 
Ceux qui lâchent prise et s'en vont glanant les mots 
vivants du génial Dramaturge.

Harmonisation des chants. Suggestions d'ailes. Effleurant à 
peine. Si fortes cependant !

Tu nettoies les déserts, tu es ce chant du vent dans les 
branches, ce peu qui murmure autour des volières du 
Coeur . Rouge bigarré pour y faire croire.

Tu es Souffle, grandes ailes du Chéroubim veillant sur les
Hespérides : épée tournoyante. Qui fait siffler les vents.
Transformant en feu la subtilité de l'air qui t'anime,
résorbant toute apparence des contraires.

Et quand tu descends, quand tu meurs - O douleur - dans
l'agonie mélancolique de l'analogie, c'est pour mieux 
renaître :
sublime cendre 
centre du Feu et de l'Air,

Ether !

Impensable Ether - oiseau - parmi tous les phoenix du 
renaître, avant l'ultime de la Vraie Vie.



 

Le Mage

Louvoyeur des hauts-fonds et des empires encastrés, il bat 
les cartes pour de nouvelles mises en scène : des lavis 
superbes, des fresques sur les murs des temples.

Il psalmodie sans savoir, en toute intime Connaissance. Il 
évide l'intérieur de la pierre pour en faire un calice.

Il a mille doigts, dix oreilles, quatre pieds : il est l'hybride 
sacré adossé aux murs du Palais près duquel il mendie :

veilleur de guet dans la nuit 
héraut d'armes.

Il a le secret du chapeau et de ses colombes : du tracé de sa 
plume, du modelage de ses doigts, elles prennent forme et 
consistance. Il est le dispensateur de la substance.

Il court le long des veines du temps, hermaphrodite, 
hémophile. On le rencontre sur le bord des fleuves, au 
centre des forêts, au bout des déserts, dans les replis de la 
neige, sur la crête des vagues.

Il est le décupleur des énergies, l'hématie bleue parmi 
de rouges nénuphars. Il s'échappe du labyrinthe par le haut. 
La verticale est son lieu. Il pourchasse la Présence.
Cavalier du verbe, de la pierre, de la nuance - c'est selon -,
il irrigue les chants de l'histoire, les rend à leur vocation 
d'archétypes. Il est le Scribe : celui qui trace les lettres
pour en faire des oiseaux.

Il est l'illuminé, le fou, le sage, la carte de Tarot avec
laquelle on ne transige pas. Il est sphère, bâton, deniers, le 
premier, l'ultime voyageur, l'inspirateur des cycles, le 
moteur des univers.
S'il arrive que sa voi(e)x se brise, des temples s'écroulent, 
des hommes abandonnent le sens et s'entretuent.
Il sait qu'il a su, qu'il saura. Il fait confiance.
Il démêle les fils de la Trame, écrit le poème du monde, 
surseoit à toute mort , implore tout pardon pour les vivants, 
sacre le printemps et sa chaîne d'ozones.

Il passe, inaperçu dans le milieu des villes meurtrières. Il 
est sans âge, sans lieu. Il est le fil qui lie tous les destins, 
l'Ariane providentielle.

S'il arrive que l'on décrète sa mort, de silencieuses
malédictions s'abattent sur le monde , le cours des choses 
bifurque : de minuscules lunules, des croûtes, des plaies, 
des pestilences , des taches sur le soleil : l'heure des
lamentations.
 

Alors le Grand Esprit convoque un autre mage 
tel qu'en Soi-Même identique 

qui de nouveau se poste aux embouchures 
cassant l'enlisement des bancs de sable
draguant les eaux putréfiées des marais
frayant la route aux estuaires et aux deltas :
A tout ce qui se jette dans la mer

la mer

La Mer !



 

Ozone

Une rose a bouclé tous les déserts.

Des luminescences s'inclinent parmi les dos velus des démons : des touffes d'ombre. Un sort jeté d'essences transperce les vieux guerriers.
Des piqûres d'abeilles craquellent les voûtes des cerveaux endormis, minuscules fêlures dans la trame trop rationnelle de l'appris.
L'enfant joue au trapèze avec les arbres : les canaux de ses veines font des dessins sur le sable, dansent une danse inconnue, sabrant miroirs et parallélismes.
De vagues cerceaux se rappellent aux mémoires. Ils saluent la sphère parfaite des cristaux moussus sous un soleil étranger.

Très loin, des remugles qui sentent le sauvage ont des remuements de menthe, des aboiements au loin de chiens, des rivières de papyrus.

Poussières de pollens vibrent dans l'air nu ; on attend des libellules de vagues contre-plongées et que la minéralité respire pour dire sous la lune ce long plain-chant du désir.

Nostalgie de l'Unité Première, désir !

Des canaux très loin se perdent dans la Voie Lactée, autre monde minuscule pour d'étonnantes consciences, des replis de marsouins, des plis soyeux d'icebergs, des mouches vibrantes, pleines d'yeux, des compassions qui s'écoulent...

C'est alors que parmi tes branchages, dans tes cahutes d'ombre, tu t'es dressé, Inconnu Immense, foudroyant les étapes lentes du devenir, maltraitant les gares, aiguillonnant tous les trains de nuit qui vont sifflant, serpents, dans l'antique déraison de la raison des hommes.

Nous étions brumes de nuit.
Nous étions biches foudroyées bramant dans l'espace
Fourvoyées 
Nous étions ces cavaliers du ciel - démons et merveilles -, ces irruptions d'images dans la nuit sans fin du souvenir
Nous étions toute parole bue, absorbée par les sables cuisants des déserts : leurs rivages, leurs plis de bêtes calcinées, leurs grelottements nocturnes sous des astres morts.
 

Nous étions la fêlure, l'antique douleur sous des clignements d'iris et de chants raréfiés.
 

L'oxygène nous a manqué et cet ozone bienfaisant dont s'abreuve toute jeunesse.
 

Nous étions vieux, courbés, malades ; nous étions la poussière des villes, le tohu-bohu immonde des lèpres qui courent invisibles sous la peau des mains.
Nous étions ce visage qui se cache, ce drap qui se plisse, parmi les verdeurs amères des citronniers et les tornades affichées,
 

O clairons des exils !

Des hamacs d'enfants se suspendent aux branches, des tourterelles annonciatrices, des devins aux longs doigts de lin et de fibres étirées : des antennes, dans cette antique nuit des gares, des stations de lumière pointant vers l'Etoile, le centre immobile et bleu d'où tout jaillit et rebondit.

Tout est imminent, parmi les glaives et les batailles, jusqu'à ce chant ébouriffé que reprennent d'infimes oiseaux - corpusculaires - parmi les arpèges tranquilles de l'Instant.


Sous-jacence

Tiges et nervures se dressent pour balbutier les lettres d'un alphabet souterrain. Tiges et nervures et désir
Parce que seul le désir consent,

même s'il répète ses rivières d'ombre.

J'en appelle à la Stèle - autre métaphore sous les colonnes des portiques -, à ce chemin d'artères d'où jaillit la mer, à ces voussures multiples sous la parole.
J'en appelle aux sous-jacences qui se savent et se répercutent
J'en appelle à ce surgissement, cette turgescence dans l'air arrogant et caillouteux.

Les grandes coupes du sacrifice couleront comme oboles sur les marches désaffectées des temples
Des prêtres s'agenouilleront
parmi les roses.

Un amenuisement de paupières cerne mal les contours ennoblis des vols d'oiseaux migrateurs
Il semble qu'il n'y ait survie dans ces déserts de givre : pics, croches, accords, structures ouvertes où glissent des bateaux, le long des pins, vers l'embouchure et sa drague de lacis,
là où les pêcheurs tendent leurs filets, dans l'espoir de quelque prise indicible et bondissante.

Quel ultime veilleur dans la nuit des hunes saluera le coq, glissant parmi nos étraves ?

Nous mêlons aux couleurs fondamentales notre infinie palette : corps et coeurs y caracolent, s'y entrechoquent,
Forçats des destins, forçures d'oiseaux !
D'ambre, de miel est notre renoncement.

Nos plaines furent oxymores, soudoiement cru de lumière, et le visage qui rayonne aujourd'hui rappelle ces éternités d'enfances où les petits chemins forés ne menaient nulle part, c'est -à - dire de l'Instant à l'Instant.
Un sous la croûte des désirs : un pour dire que nous aspirons, que le désir n'est que l'espace de l'Un à l'Un, n'est que cet espace de jouissance à Soi-Même accordé pour multiplier la jouissance.
 

Forêts de givre, en flaques de lumière, m'ont converti toute absence.
 

Je surseois à ma nuit comme d'autres, au milieu d'insomnies, s'inventent l'écorce protectrice du sommeil
Je rejoins vos cohérences d'images, vos voiles sous le soleil, vos jaillissements de graviers, vos baies ensablées.
Je rejoins tout méandre qui mène à vous par le plus court chemin : j'absorbe tout paradoxe, toute évidence tue, tout sanglot sur les oreillers de l'amertume.

Car, fécondés de gouttes, projetés vers d'invincibles destins, nous gravissons notre ruche, immobiles, pèlerins des hauts-fonds, funambules d'autres toits, plantés d'ivresses belles et de couteaux ravageurs.

O vertige du peu par où nos pores ont glissé, exsudant cette neige où le Verbe enfin rejoint toute chair
la recrée Oiseau ;
où des piaillements de nuit s'esquivent le long des couloirs de la mort, vermines harcelées de hauts fouillis, de grains mats et silencieux, de boréalités cachées, d'invisibles tours de guets,
 

Comme des ailes dans l'air abandonné du matin.



 

L'EAU

L'eau s'échappait des pourrissoirs. Dans la rue, des gangrènes d'arbres se suspendent à ma robe. J'espère en un lointain avenir.
Ma mère morte ressemble à un Ange de Vinci. On dirait une jeune fille. Comme si la mort avait le pouvoir de libérer la quintessence de l'être. Une jeune fille ou un oiseau. Le poids d'un oiseau sur le drap.
La camarde en moi longtemps sommeilla. A la fête des beaux garçons je l'ai remisée au clou. Mon coeur est tanné comme le cuir des vieux marins.
C'est dans la ville qu'à tâtons les aveugles retrouvent leur chemin. Mon imagerie est pleine de roses : d'Orient, de Hongrie, du désert ; on y confectionne des parfums, vendus très cher.
Même dans les foires.
J'ai l'oeil qui témoigne d'une histoire personnelle, parfaitement anonyme. Dans les ruelles du désir, j'interroge de vieux bonzes dont le sourire énigmatique est la seule réponse: je me demande s'ils se sont baignés dans le Gange, s'ils ont contemplé les fjords, là-bas, dans une Norvège d'autrefois, avec ses aurores boréales, les plis de ses déserts, et, tout au fond, la chapelle intérieure.
Pauvre errance! Chat de gouttière sous la pluie, tu mimes encore tes destins, et leur donnes ce Poli des ans, que n'a jamais renié Son Verbe.



 
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