Attentif essaie le musicien
("Les veilleurs,(...) poème qui n'est plus, hélas! en notre
possession, et que notre mémoire ne saurait reconstituer, nous ont
laissé l'impression la plus forte que jamais vers nous aient causée.
C'est d'une vibration, d'une largeur, d'une tristesse sacrée! ;Et
d'un tel accent de désolation, qu'en vérité nous osons
croire que c'est ce que M.Rimbaud a écrit de plus beau."
Debout dans la nuit
Comme une mouette,
L'aube indienne
Haut perchée et pourtant douce
Un rêve
.marche avec les étoiles
Quel mot trembla dans son cri
C'était le jour
Il avait pleuré dans la grâce,
Un plat de terre
La violence
Je peux parler anglais
C'est encore loin,
Saisi par le silence
Un soir il sut
Quelques pas avec Vincent
Le temps s'est arrêté
Du pinceau,
"Or mais?"
Veilleurs
Algébriste,
Au milieu de la nuit,
Avoir une nuit,
Avec la nuit qui vient,
J'oublie
Océan,
Vaste océan
L'oiseau noir
Dans les premières brumes
Un camion qui freinait
J'écris ce poème
Dans le ciel d'hiver
Ici, Variations sur les Veilleurs
Nouveau
Le chant de sa guitare.
Dans la nuit sombre encore
Douce monte
La caresse des étoiles
Aux paumes ambrées.
Et perdue dans la nuit
Confuse on entend
Rauquer la voix des veilleurs.
Paul Verlaine)
Tissaient les veilleurs
Le rêve du jour
Jusqu'à s'évanouir
Sur l'autre rive
De la parole
Une nuit, seule nuit
Lui fut donné d'écrire et de veiller
Sans sommeil et lucide hors des mots
Fruit mûri de son propre songe
Puis il sombra dans le matin
Feuille froissée, ôtée du temps,
Perdue.
Immobile un instant,
Puis parti avec le vent,
Là-bas, là-bas,
Au dessus des vagues,
Vers la terre,
La terre aux bras de vigne
A filé dans les bois.
Elle s'est jetée
Entre les bras du hêtre,
Elle a couru parmi l'eau,
Semant son chemin de galets...
Elle était nue lorsqu'elle est morte,
Elle avait perdu jusqu'à sa pudeur
Dans le scintillement de l'instant.
La voix
Disait le vide et sa menace
Obscure
Tissant une chanson noire
Familière,
Qui se perdit,
Plus pure qu'un rêve.
Absurde et triste comme une maladie
Noir et lent
Avec des yeux de loup qui enlouvent la nuit.
Noir, lent, lumineux.
Une soupe d'étoiles
Saisit le silence.
Là, quand on ne voit plus rien,
Au point aveugle du mystère:
Mélodie d'une extase entraperçue.
..
Dans la nuit aveugle
Marche étoile dans la musique
Des sphères. Ce jour nuit
Où le geste fut juste
Change...
Note muette de la nuit?
Au matin, il l'avait oublié
Et nous l'avions perdu.
Il reste une statue de discoboles
Perdue dans un square
Pour nouveaux riches
Où les bancs miment confusément
Le sourire incertain et maussade
Des pneus abandonnés.
Et la nuit semblait vivre là,
Dans le regard des enfants,
Dans le chant des oiseaux
Et sur l'océan,
Parmi ses rochers rouges.
Qui veillait,
Présent jusqu'au vertige,
Battant comme le sang du monde?
Une voile à l'horizon passa,
Et oiseau s'est enfui,
Et l'enfant qui courait nu,
Laissant son voile au soldat.
Il n'y a avait rien d'autre sous le soleil,
Rien d'autre à l'ombre des charmes.
Pleuré comme un enfant.
Il se tenait dans le torrent,
Sauvage chevreuil étonné du matin,
Comme perdu là,
Et prêt pourtant à fuir,
Lucide comme le jour,
Emu pourtant du poème des rochers.
Et le silence
Dans la lumière
Du soir.
Une boîte en fer
Posée sur la table.
Salière, poivrier.
Choses habituelles,
Placez-vous sur ma toile,
Belles étrangères,
Mots familiers.
Aux
Doigts de rose
Régna le
Temps d'un matin
Et
Le dos brisé
Comme une vieille
S'en alla
Rire ailleurs.
Chien sans doute
Et même merle,
Chêne parfois
Mais les rochers
Sont
trop
Lents
Désespérément
Mais,
Dans la voix
Des torrents
Monte l'écho de leurs paroles,
La lente épopée minérale
Qui veillait, à l'aube
Pour l'entendre?
L'Amérique?
Un monde neuf
A nous livré
Nous pourrions y courir
Comme des chiens
Nous jeter là
Dans l'herbe folle.
Nous retrouverions
Le poème perdu, oublié,
Silencieux.
Comme par une vague
Un grand rouleau
Rumeur grondante
O mon amie
Tu es blanche d'écume
Le monde est né ce matin
Dans tes ressacs obscurs.
Rester seul face au fleuve
Roulant à contretemps
Ses flots violets dans la nuit .
On entendait le cri d'un râle,
La voix des courlis,
L'obscurité qui gagnait,
Une sérénité d'apocalypse.
Dans la ferveur du jour.
Fumer sa pipe en souriant
Toute l'éternité au bord du vide
Puis partir avec le vent
Sur le chemin parmi les blés
Un corbeau sur l'épaule
Un vautour sur le chapeau
A travers ce chant silencieux
Qui chavire dans le chanvre
Des nuits tremblantes d'étoiles.
Ici,
Ou peut-être jamais
N'est venu
Dans ce silence doux,
Fin comme une peau de femme .
L'océan veille
Sur les rivages de ce matin.
Mais quelle inquiétude rode
Mauve
Et rousse comme une flamme?
Quelle histoire s'insinue
Ici
Dans le conte barbare
De Gauguin?
Mais non. Il n'y aurait pas cette trace dans le silence, ce passage altier
vers la forêt, comme la piste d'un cerf s'enfonçant dans la
nuit.
Sur un mur blanc,
Il traçait ses "veilleurs".
Des passants
Haussèrent les épaules
Appelèrent la police
Grommelèrent
Crièrent rirent et pleurèrent
Frappèrent leur chien
Battirent leur femme
L'embrassèrent.
Il l'embrasa
(Un feu d'enfer)
Puis il partit
En claquant ses semelles.
Surpris, il se retourna
"Je te connais", dit-il
Amer
"Lâche moi"
Il se tenait l'épaule
"Tu me griffes!"
Il s'enfuit en riant
La parole brisée.
Mon étrange roman
Policier.
Le coupable
Est connu,
Le crime inconnu.
Un détective invente
Des indices.
Toujours cette vieille histoire
De chambre close
Comme dans
La Genèse.
Fragile équilibriste,
Les veilleurs étaient
Cette langue
Que tu rêves,
Le soir,
En regardant la mer,
L'esprit mêlé de vagues.
Un instant l'éternité,
Une bougie prit dans sa main
De flamme douce
Deux femmes,
Un petit mort
(S'il ne l'est déjà,
Il le sera un jour)
Et referma son silence
Sur les veilleuses
De Georges de La Tour.
Pour cette seule nuit,
La simplicité de l'eau,
Des fleurs.
Ici dans la prairie
Un pays sans route
Et sans but,
Sans origine,
L'extase de l'arbre
En automne.
Dans la pièce
vide
Le froid délicieux gagne
La feuille blanche
Un arbre tremble au loin
On devine le pas
De l'océan sur ses plages.
Poèmes et tableaux
Comme l'arbre l'averse
Du printemps passé.
J'ignore les cernes
qui tissent mon silence.
Mort,
Je donnerai mon corps
A la dendrochronologie.
Mais écoutons encore,
Pour l'instant
Ruisseler le silence
Entre les lignes.
Métaphore universelle
De la vie,
De l'art, de la mort,
De la sauce Nantua (pourquoi pas?)
De la vanité des systèmes,
Du langage qui tout charrie...
Métaphore usée finalement,
Epuisée comme une vague
Sur la plage. Reste
L'océan,
Libre instant,
Comme éternel.
A troué la nuit.
Plus d'étoiles.
Pas un nuage.
Le ciel a disparu
Comme un lapin blanc.
La terre est mon chapeau.
Je replace d'une main
Négligente l'oeillet rouge
A ma boutonnière
Et quitte la scène.
C'était notre rêve,
T'en souviens-tu,
Mais la nuit
Est toujours là
C'est elle qui nous troue
Et l'oiseau rouvre ses ailes
(l'une est plus courte que l'autre)
C'est le matin
Un âne
Se met à braire.
Au fond de la clairière
Je voyais un grand cerf
Presque immobile.
C'était l'esprit de ce soir là,
En forêt de Senonches,
A coté de Lascaux
(Pas sur les cartes).
On entendait aboyer
Des chevreuils,
Passer une bécasse.
Les couleurs du jour avaient fui
Avec un grand faucon.
Il ne restait que le cerf
Noir au loin sous la lune Blanche,
Et notre frère crapaud
Traversant le chemin.
A sifflé dans la nuit.
A la télévision
Meurtre
Sur fond de chanson
Enfantine.
Quels mots, quelles images
Conviendront?
Une pendaison,
Des cris puis
Le silence encore.
La porte
Reste close,
La clef perdue.
Le criminel aimait
Regarder la photo
Jaunie de sa jeune
Soeur morte.
Le brouillard monte
Dans la rue
L'énigme de la nuit
C'est un cri étranglé.
(Souvenir de Kieslowski, Dekalog,5)
Autour d'un nom
Tissé de souvenirs
D'images et de lectures
Nom qui n'est plus
Un nom
Marqué d'énigmes
Comme un visage aimé
Et trop souvent scruté.
Je n'ai aimé
Personne encore qui le porte
Mais
Le chemin de mes mots
Toujours
Me ramène à lui.
Passent les grues
Alignées pour la guerre
Leurs cris sont gris
Semblables au temps.
Elles passent, et ne restent
Que points, ligne, point
Plus rien
Le silence, comme déchiré.
Au centre sombre de la nuit
J'écris
Et crie l'angoisse qui m'étreint.
Maintenant,
Dans le silence retombé,
Je pense à toi,
A genoux,
Je pleure presque
C'est d'être libre
D'aller courir les rues froides
De la nuit
Sous les lumières de Noël
Et les volets fermés.
© Emmanuel Hiriart 1998
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