Jean Dif

Quelques poèmes que Jean Dif a bien voulu me confier pour le partager avec vous


J'avais un nid dans les mains
Ses oeufs étaient des bourgeons

J'avais un oiseau dans la gorge
Il m'apportait la clé des chants

J'avais sur la langue une plume
Elle me donnait la clef des songes

J'avais un arbre dans le sang
fidéle par les racines
et liberté par les feuilles

J'avais un oiseau dans la gorge
qui ne voulait pas mourir
J'avais sur la langue une plume
Je prêtais ma bouche à l'absence

J'ai tordu le cou à l'oiseau
et la plume s'est envolée

Dans mes yeux s'est creusé le puits
où mes étoiles sont tombées

Dans les mains j'avais un nid
C'est une couronne d'épines

Mes doigts sont ensanglantés



Assoupi à l'ombre d'une graine
devenue arbre en rêvant
j'écoute s'ouvrir mon noyau

Les cailles se lèvent
sous les pas du hasard
Elles meurent dès que j'essaie
de les apprivoiser

Les mots s'envolent
loin de mes branches
comme des oiseaux
ces fruits défendus



Le poème vient quand il veut où il veut
C'est une étoile qui éclate
Il éclabousse la page
Il comble l'attente
Il récompense la naïveté
Rien ne sert de chercher
Il faut être aux aguets
C'est une bulle
sans lendemain




On se trempe
dans le regard d'autrui
pour se rassurer
ou durcir

Un oeil sur nous se penche
et nous vivons par lui
le temps d'un reflet

On affronte l'ironie
parfois si injuste
que les portes se murent

Le coin frappé du poinçon
sonne sur le comptoir
La note est payée



Arrière-saison

Sous les caresses du soleil
les vergers foisonnent
déballage de mamelles
pour la main et pour la bouche

Le poirier illuminé
offre à la gourmandise
les lampes de ses palmes
gorgées de lune

La vigne se tord les bras
La forêt s'effrite
Le vol des étourneaux
porte le deuil des feuilles mortes

L'incantation d'un feu de fanes
allaite les nuages
La toux sèche d'un fusil
étonne l'air atone

Fumet des venaisons
festin d'ambre et de vermillon
la décadence enflamme les bois
ensanglante les pampres
tache les plumes et les poils
Dans le jardin abandonné
les joues du rosier sont tombées
coquilles brisées
d'une jeunesse envolée

On entend parler
derrière le silence
les morts qui sont nos racines


 
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