Sur les murs


Ces quelques poèmes ont été écrits à partir de photos que j'ai prises au hasard de mes promenades. Pour découvrir l'ensemble, il vous faudra accepter un temps de téléchargement un peu long peut-être. Merci de l'accepter, et bonne lecture. J'espère que le temps passé ici ne sera pas du temps perdu. De toute façon, la poésie n'est pas une lecture pour gens trop pressés.


 
 
Les murs poussent partout
Dessinent des villes closes
comme des églises
S'ouvrent aux sèves secrètes
D'une géométrie rouillée
Les murs sont des tableaux
Sans peintre abandonnés
Où travaille le temps
Pour effacer le vide.
Je sais des murs plus sauvages
Que nos forêts assagies.


 
La nuit noue sur les murs
Des souvenirs de rencontre
Comme ces feux épuisés
Que le vent parfois ranime.
La main suit la veine sèche,
Devine ses révoltes ;
Parfois les doigts caressent
L'âme errante d'un mort.
Couvrez donc ce sein froid
D'une affiche à lacérer,
De trois mots charbonneux.

 
 
 
Sur un mur une autruche
En dépit de ma fantaisie
Pointait sa tête obstinément.
Une autruche (je triche un peu),
L'oeil cubiste comme un poète
Veillait en l'éveillant
La barraque abandonnée.
C'était une bête sans fable :
Qui pourrait tirer morale
De ces vies tellement lentes
Que la pluie les efface
Comme des passions fraîches.

 
Mais toujours j'en reviens aux pierres,
Au grain des pierres,
A ce qui fut mouvement,
Ce qui aspire à rompre.
Ce qui gît sans conscience,
Ce qui passe avec l'eau
Comme en moi sans pays
L'insolent silence.
Colle l'oreille écoute
L'horloge du coquillage,
La mer endormie dans les pierres.

 
 
 
A la longue les murs se retirent
Comme la neige sur les prés ;
Il suffit d'attendre quelques vies
A veiller le feu malade.
Des pistes parfois, des passages
S'écaillent feuille à feuille
Comme une fuite ménage
L'illusions d'un pays sauf.
Le temps des perce-neige
Voit l'herbe reparaître
Morte encore de l'épreuve.

 
Patient dur comme une plante
Cherche entre les pierres
Sur la carte des lichens
Ta voie contrainte vers le ciel.
Avec les doigts de bois
Du sureau la ruse
Odorante des glycines,
Dis au matin ta feuillée.
Quand jouira la lumière
Pure comme un ruisseau
Refuse l'illusion.
 
 
 
Les murs toujours
A la fin s'échappent
Du sens où les enferme
Leur maître bâtisseur.
Les murs soudain réversibles
S'offrent aux regards
Retombés en enfance
Comme les friches du printemps.
Une ombre tremble un moment,
La voix s'ajoure au fil du jeu;
Le soleil n'est plus seul.

 
Les murs n'ont pas de racines :
Ces étrangères les traversent ;
Les doigts de la mémoire
Ensablent leurs crépis rèches.
Les parois oublieuses
S'abandonnent aux langues
De l'eau qui les pénêtre,
Aux méandres de la nuit.
Les murs inutiles
Tombent comme les ailes
Des moulins vaincus.

 
 
 La nuit noue sur les murs
Les doigts de la mémoire
Mais toujours j'en reviens aux pierres
En dépit de ma fantaisie.
A la longue les murs se retirent
Du sens où les enferme
Ta voie contrainte vers le ciel,
S'ouvrent aux sèves secrètes.
Les murs au fil des jours
S'épierrent jusqu'à perdre
La rime et la raison.

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