Graver dans le marbre quelle prétention! Pauvre
éternité que cette éternité de cimetière!
Mais séduction aussi de ronger, comme un lichen, la pierre doucement
veinée
Je voudrais aller à la mort
Dormir,
Hier encore,
Le Graal
La poésie naît d'une langue
Parfois je regarde le monde
Au centre du village
Je rentre, ce soir,
Sur les rives de l'aube
Réponse à Maria Loynaz
S'il n'y avait plus de poètes
Un prince dort dans la forêt,
Ils sont tristes les champs nus de Beauce
Le chant du rougegorge
Je pense à toi,
Je cherche un geste,
Jacinthes
Avec leur silence et leur prière
The Great Northern Diver
Mari des légendes basques
Je pense à David qui fut roi
Comme l'eau claire
En une seule lettre
Pauvre Alceste tu prends
Mis à jour le 08/11/1998
Vanité
calme, digne, décidé,
Après avoir salué mes vieux amis,
Mon labeur achevé, mes dettes réglées,
Comme on faisait autrefois
(disent les livres).
Je demanderais les prières
Dont j'ai grand besoin.
Je voudrais être entouré de pierres
Comme au pays des vautours.
Je voudrais qu'il y ait des fleurs
Je marcherais sur un sentier ensauvagé
Je voudrais qu'il y ait des bêtes
Elles courraient partout comme si de rien n'était
Je voudrais qu'il y ait un poème
Pour ma vie
Et ce serait là, ce moment, ma mort.
Pour toujours,
Et passer dans la nuit
Comme on traverse un fleuve.
Chaque jour, chaque jour
Le soleil revient
Et ce songe aussi.
Puis je reprends mes jouets
Comme pour oublier
Et repeindre
le silence.
Ici,
Les gens voyaient Mari
La blanche
Paraître au seuil des cavernes
Ils voyaient
Les Laminak dans les moissons
Des hommes sauvages
Courraient la montagne et cachaient
Leurs trésors dans les jardins de pierre
Où gisent les morts
Ils appelaient la Lune
"Ilargi"
Le soleil "iguzki"
Dieu "jainkoa"
(ce n'étaient pas leurs vrais noms)
Pour eux
"Tout ce qui a un nom existe"
"Il ne faut pas croire que c'est vrai,
Il ne faut pas dire que ça n'existe pas"
Je reprends ces paroles
Comme un sentier de berger
Tracé dans la montagne
Et je crois comprendre:
C'est là que j'écris.
Est le vrai nom de Dieu
Qui peut être chaudron,
Calice aussi bien,
Ou sang du christ,
Pain, vin,
Cruche ou patate,
Rien ou n'importe quoi
Selon le coeur du chevalier.
Perdue
-"Elle n'existe pas"-
Et déjà blanchit,
A travers ses brumes,
La forêt des mots.
C'est le silence
Sans écho.
Une fuite blanche
Traverse le matin.
Il reste un goût de nuit
Au jour qui vient.
Dans son armure vermeille
Part le bon chevalier
Une tête à la ceinture...
Comme s'il était neuf.
Tout sur la terre
Devient étrange et beau;
Les noms sont des promesses
De poèmes
Murmurées dans le noir.
Il y a un mort sous chaque fruit mur
Et des choses moins graves mais toujours pleines
Posées toutes à leur place
Comme dites par un peintre,
Comme effleurées d'une phrase sans fard.
Le monde est là présent qui rit parmi l'ombre.
Il y a un Jardin
Au centre du jardin
Il y a une maison
Au centre de la maison
Il y a une tombe
Au centre de la tombe
Il n'y a rien
Au centre du rien
Il y a l'océan
Au centre de l'océan
Il y a des montagnes
Au centre des montagnes
Il y a un village,
Sur sa place une fête,
Où l'on rit.
Fatigué d'une marche trop longue
Dans des herbes trop hautes.
J'ai le poids du soleil
Sur les épaules,
Et dans mon sang de plomb
Le sourd battement
De l'angoisse.
Le temps gît à mes pieds
Comme un film débobiné.
Je vois danser un pantin,
Les membres brisés.
Je me love au fond de mon tonneau,
Citoyen vaguement exsangue
De cette morne décharge
Où danse ma muse, la nuit,
Parmi les renards.
J'ai rêvé
D'un bonheur simple et doux
Comme le miel du matin...
Je l'ai savouré
emmitouflé dans mon songe.
Au réveil,
Seul sous les couvertures,
Je rendis grâce à l'heure fugace
Et me tournai vers le jour
Croyant que la voix de la nuit
Ou celle peut-être de la mort,
Saurait rompre et panifier
Ses mensonges.
Devant le chant du rougegorge
San Virila muet d'extase
Trois siècles demeura parmi les buis
Perdu dans la Sierra de Leyre
Aux portes de son monastère.
Trois siècles plus vite que le fugace
Hier fuirent pour l'abbé raisonneur
Dans la Gloire claire du seigneur,
Près d'une source vive.
Devant le chant du rougegorge
Qui sans savoir ni sagesse s'écoule
Dans l'éboulement des mots morts de leur ressassement
San Virila qui souris calmement
Je te le demande prie pour moi
Avant de quitter ta montagne
Et de rejoindre tes frères
Qui depuis trois siècles sont morts.
La rose encore
Saurait en créer,
Ou la nuit,
La forêt,
Le vent qui souffle sur la plaine,
Un vautour dans le ciel,
Les braises de la mort,
Tout ce silence au fond des mots,
Ou un ours peut-être
C'est mon crâne qu'il habite
Et vide et remplit de silence
Et de cris déchirants
Comme des arbres.
Les feuilles passent
Les saisons tombent
C'est banal
Et moi aussi.
Mais l'arbre reste
Longtemps
Et le silence toujours
Je crois.
C'est comme ce poème
Qu'on pourrait intituler
"et"
Tant il se plie et s'enroule
Autour de ce silence
Essentiel
Nus sous le ciel bas d'automne
Tristes sans appel en moi
Lourds des heures tombées
Comme stériles en leurs sillons
Et froids
D'une mémoire qui me dépasse
D'un autrefois
Que j'ignore.
Je sens sourdre en moi des semences inconnues
Monter une moisson imprévue
Sous le vent glacial et neuf
Du printemps
Notre dame des blés murs
Se dresse parmi les cris de perdrix.
Est cristallin.
Image limpide,
Translucide,
Presque invisible.
Association de mots
(Comme on dirait de malfaiteurs)
Invétérée,
Ou mystère entrevu
De la correspondance?
Dans l'instant d'hésitation
Au coeur cristallin de l'insignifiance
un silence se forme
Et s'évanouit,
où gite notre liberté.
Prince Enée, nocturne
Qui emportais tes pénates
Troyens
Et tous tes dieux
Je te vois
Avec ta troupe de morts
Tes autels fumant du sang
D'un taureau
Et deux moutons,
Le blanc pour la brise, le noir pour l'orage.
As-tu jamais voyagé
Hors de tes songes?
Je suis ta route, noire,
Toujours plus profondément noire,
Mêlé de ténèbres,
Laissant mon corps inconnu,
Croyant qu'une voix se lève,
Une source parmi les mots,
Comme le vent frémit aux feuilles du crépuscule.
Un mot,
Manque essentiel
Dont le monde
Résonne.
Ci-gisent sous vos yeux violets
Je ne sais quels mots oubliés,
Quels mots tus
Qui sont ces bois et ces prés,
Ce ruisseau...
Jacinthes qui songerait
A vous conter fleurette?
Le printemps
Est chose trop grave,
Disent les Anglais.
Comme vous les morts
Je laisse remonter
Les mots pourris de l'hiver
Et je les voudrais fleurs
A votre semblance
Je les voudrais cueillir
Et puis jeter.
(Comme Saint François d'assise
Peint par Bellini
Les pieds nus devant sa grotte:
Il laisse doucement luire le monde
Face au crâne sur le pupitre).
Je les vois s'entretenir
Avec les paysans païens
Comme Patrick et Ossian
Dans les légendes irlandaises
Causant autour des braises.
Is a bird
With a Fascinating
English name.
Plongeon imbrin
C'est joli
Aussi
C'est moins beau pourtant
Je ne sais pourquoi...
Le grand oiseau du Nord
Me retint
Sous la pluie cet hiver
Et l'écho vague du chaos blanc
D'un poème anglophone
Avec l'amour
Mystère mêlé à ce nom là
Sans source et sans objet
Sous son masque de plâtre blanc
(j'écoute le poème qui se tisse
Sous ma plume surpris de le trouver
Plus savant que moi).
Mari
Mari est un oiseau
Un vautour blanc
(Un percnoptère?)
Mari est sorcière
Vierge des grottes
Reine nocturne des mondes
Souterrains
Elle a ce qui n'est pas
Haut ni bas
Grand ni petit
Bon ni mauvais
Mari est le silence
Avant le premier bruit
La source
Avant que sourde l'eau
Le visage
Du non né.
En son royaume
Garde mémoire de tes pas
Tu peux aussi t'ensorceler
Oiseau devenir et visage
D'avant le masque et rien
Te perdre avant
De naître au
Silence
A la source
Au masque ultime
Du vide fascinant.
Comme le fut chacun de nous
Qui fut aimé et qui aima
Je pense à David le poète
Qui fut musique et musicien
Qui fut héros et qui fut traître
Comme le fut chacun de nous
Je pense à David seul face au soir
Sentant monter dans sa voix de soldat
Le chant secret des sources d'autrefois
Murmure bleu de nos journées perdues
Je pense à sa misère
Et à sa honte.
Je pense à David qui pourtant chantait
Droit face à la mort.
Clapote la langue
On voit tout au fond
Scintiller le secret
De son silence:
Une sort de silence
Paisible
Désespoir si dérisoire
Qu'on le voudrait noyer
Sous des mots anodins...
Et pourtant il brille
Comme une bague tombée là,
Jadis,
Une alliance perdue...
Il y avait le monde
Entier
Entrant dans le silence
Comme dans les sentiers du matin les premiers chasseurs
Sur la neige.
Alors je pris ma plume
Et j'écrivis, tremblant
Une seconde lettre;
Elle contenait le ciel.
Tu traças une troisième lettre
Et tout disparut
Fors le monde.
Les mots pour le monde
Célimène parle
Ses mots comme l'eau coulent
Et brillent au soleil
Roulant quelques marquis
Dans leur flot.
Mais caché dans le noir
Comme un enfant
Le maître des miroirs
Rit au coeur du silence.
Une tulipe, un crâne, un sablier
En équilibre
La vie, la mort, le temps
La vie s'écoule
Vers la mort et qui fut belle
Au matin
Le soir rit du rire des ténèbres.
Plus de mots,
Plus de savoir face à la mort,
Plus de rêves;
Seule une tulipe peut encore
Face à la mort dans l'effondrement du temps
Expérimenter tout un jour
L'éternité.
© Emmanuel Hiriart 1998